La Voix Socialiste

Stéphane LE FOLL la voix du bon sens et de l’intégrité. (Interview Ouest-France)

Stéphane LE FOLL la voix du bon sens et de l’intégrité.

Dans cet entretien accordé à Ouest-France le jeudi, le maire PS du Mans et président de la métropole, avance sur la stratégie de la gauche pour les présidentielles. L’élu de 66 ans développe ses points de vue.

Stéphane Le Foll, que vous inspirent les querelles internes qui agitent le Parti socialiste depuis la fin des élections municipales ?

Le PS est en décrépitude par faute de clarté. Il s’enferme dans un débat entre une petite primaire avec François Rufin et Marine Tondelier. Et maintenant un débat entre les anciens alliés Olivier Faure et Boris Vallaud. Leurs débats ne se résument pourtant qu’à une formule : « Mélenchon-nous sans Mélenchon ». Lors des municipales, sous la contrainte électorale de la France insoumise, certains ont pensé que la somme des voix du premier tour faisait l’élection du deuxième tour. La preuve a été faite que non. Quand je vois comment Olivier Faure s’enferme dans cette logique qui consiste à mettre comme préalable l’union avant d’avoir mis sur la table le projet, la vision et l’ambition que l’on porte pour le pays, je me dis que, décidément, ils n’ont rien compris. Le vrai sujet aujourd’hui, c’est la question du projet politique.

Qu’entendez-vous par là ?

Le projet de rupture de Mélenchon est un projet qui, au lieu de donner à la gauche un espace nouveau à construire, renvoie celle-ci aux marges du débat politique. L’important est de savoir ce que porte véritablement la gauche aujourd’hui, dans un contexte de montée du Rassemblement national, de droitisation très forte de la société française. La gauche ne gagnera pas à vouloir être toujours plus à gauche et derrière une écologie incomprise.
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Que proposez-vous ?

Je suis pour un gauche de transformation pour la France dans l’Europe. Car l’enjeu c’est d’investir et d’innover pour penser la France de demain dans les domaines de la santé, du transport, de l’énergie, du développement économique etc. Nous devons passer au XXIe siècle plutôt que de vouloir rester au XXe siècle. Les couches populaires ne soutiendront jamais une « gauche de rupture » mais au contraire, attendent par l’investissement public et privé, une amélioration de leur vie quotidienne.
La gauche ne gagnera pas à vouloir être toujours plus à gauche et derrière une écologie incomprise.

Quelles actions préconisez-vous ?

La social-démocratie a toujours été l’outil de la transformation. Elle n’a jamais été l’outil de la révolution. Elle n’a pas été un allié du conservatisme. Elle a toujours été un outil politique de la transformation démocratique. Et ça passe par un renouvellement de la pensée économique et stratégique de cette social-démocratie pour qu’elle prenne en charge ce changement de modèle qui est à faire dans les 15 ans.
« L’Europe reste une priorité »

15 ans ? Ça signifie quoi ? Il faut faire l’impasse sur 2027 ?

Si la gauche continue comme cela, c’est l’impasse en 2027. C’est pourquoi je propose de considérer que les investissements dans le domaine de la transition énergétique, de manière générale, doivent être sortis de l’endettement. Parce que ces investissements, c’est ce qui va nous permettre d’éviter les coûts énormes de la non-adaptation et de la non-transformation de nos économies. Cet investissement massif est essentiel aussi dans la souveraineté que l’on doit retrouver.
Je ne vais pas revenir sur ce qui se passe aujourd’hui à l’échelle mondiale, mais il faut s’extraire des énergies fossiles. Je partage la prise de position du Premier ministre sur la bascule vers l’électrique qui doit être accélérée. Enfin, l’Europe reste une priorité et un levier essentiel pour les investissements de demain. Les antieuropéens commettent une erreur colossale au nom même des couches populaires qu’on doit défendre.

Est-ce que la social-démocratie que vous défendez depuis toujours peut encore exister dans ce contexte ?

Oui même si elle donne l’impression d’être une grande gestionnaire alors qu’il faut qu’elle soit ambitieuse. C’est ce que j’essaye de faire à l’échelle de la ville du Mans et de la Métropole. J’essaye d’emmener, de porter et de transformer.

C’est-à-dire ?

Nous avons un modèle économique et social qu’il est nécessaire de rééquilibrer pour soutenir une réindustrialisation durable de la France. Nous devons soutenir l’industrie et la production pour innover et permettre la redistribution des richesses. Nous ne sommes plus dans la lutte des classes. On est dans la lutte contre le déclassement. L’individualisme et l’individualisation de notre société ont fait que les gens ne raisonnent plus de manière collective. La gauche doit à nouveau réfléchir de façon collective. Avec des effets systémiques et non pas la somme d’intérêts individuels.
Si la gauche continue comme cela, c’est l’impasse en 2027.

Selon vous, le PS devrait donc penser projet plutôt que candidat ?

Aujourd’hui, il y a des personnalités qui se tiennent par la barbichette et qui font du surplace. Je lis que Raphaël Glucksmann cherche des fonds pour la campagne présidentielle. Je pense qu’il devrait plutôt s’attacher à faire le tour du pays à la rencontre des gens. Il ne faut pas survoler la France lorsque l’on veut être élu. Il faut la rencontrer. J’entends aussi que Bernard Cazeneuve est plus ou moins candidat mais sans le dire. Que

François Hollande se prépare.

Il faut qu’ils prennent chacun leur risque pour aboutir à un projet d’ici l’été. Tout le reste c’est de la tactique et du baratin. Aujourd’hui, c’est de la bouillie idéologique et politique qui mène la gauche vers une impasse. Il faut remettre de la clarté dans les idées. Je compte contribuer à cette réflexion idéologique car je ne veux pas prendre le risque que mon pays bascule vers l’extrême droite en 2027.

Stéphane Le Foll

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